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mercredi 7 octobre 2015

Charlotte de David FOENKINOS





Il y a des auteurs comme ça, vers lesquels on revient toujours. Ils nous charment, ils nous déçoivent parfois mais il y a toujours un petit quelque chose qui nous ramène à eux. 
Foenkinos fait partie de ceux-là. J'ai lu beaucoup de ses romans, j'ai été touchée par certains, agacée par d'autres au point de me dire que j'arrêtais de le lire mais me voilà aujourd'hui à vous présenter Charlotte.


Tout de suite, le sujet m'a intéressé, le sort des artistes juifs pendant la seconde guerre mondiale. Rien que ça et mes antennes commencent à frétiller.
Ce roman, c'est donc l'histoire de Charlotte Salomon, une jeune artiste allemande et juive durant les années 30-40 mais c'est aussi l'histoire de David Foenkinos, écrivain fasciné par cette artiste.

 Foenkinos a découvert Charlotte Salomon par hasard et a tout de suite été envoûté. A tel point que l'envie d'écrire à son sujet ne l'a plus quitté. Il a tenté à plusieurs reprises d'écrire sur sa vie mais il a fallu plusieurs tentatives avant d'y parvenir.


 En démarrant ma lecture, je me demandais vraiment si j'accrocherai. Foenkinos perturbe en effet le lecteur en utilisant un procédé pour le moins original : revenir à la ligne à la fin de chaque phrase. 
Le rythme est de ce fait particulier, saccadé, court et incisif. Autant ça peut paraître étrange en début de lecture, autant j'ai trouvé que ce style collait parfaitement à l'histoire, lui donnant encore plus d'intensité.

Et cette histoire est intense : Charlotte porte en elle une lourde histoire familiale, de celles qui façonnent et marquent plusieurs générations. Sa famille maternelle traîne en effet depuis des décennies une malédiction, celle des suicides. Cette tendance a été cachée à Charlotte mais elle vit néanmoins dans une sorte de mélancolie, elle sent ces non-dits et de ce fait, se trouve être une jeune fille très introvertie.

La découverte de la peinture va heureusement l'épanouir, Charlotte trouve sa voie et arrive enfin à s'exprimer à travers son art.
 Cependant, cela coïncide avec le moment où les nazis prennent le pouvoir et donc celui où les juifs commencent à être pointés du doigt en Allemagne. Sa vie s'en trouve donc tout à fait bouleversée.

J'ai été touchée par l'histoire tragique de cette jeune artiste, comme à chaque fois que je lis sur la seconde guerre mondiale mais comment ne pas l'être ?
 J'ai également été intéressée par la fascination de Foenkinos pour elle, son besoin de la connaître plus intimement, de suivre ses pas. Il a réussi à me toucher et me donner envie de connaître l’œuvre de cette peintre.

Le bilan est donc positif pour moi. L'histoire est émouvante, bien racontée.
 Foenkinos surprend, gagne en sobriété au fil de ses romans et ça lui va bien.


C'était une lecture proposée par Anou pour notre challenge livra'deux pal addict !




 

mercredi 23 septembre 2015

La zone d'intérêt de Martin AMIS




Voilà un moment que je n'avais pas lu un livre portant sur le thème des camps de concentration. C'est un thème que j'apprécie énormément et je suis de ceux qui affirment qu'on ne lira jamais assez sur le sujet.
J'ai donc tout de suite été attirée par la zone d'intérêt et ma curiosité a été franchement piquée lorsque j'ai lu que ce livre était original dans le genre car l'absurbe permet de dénoncer l'horreur de la Shoah.

L'histoire commence au Kat Zet I, célèbre camp de concentration polonais. Le Kat Zet I est présenté comme une entreprise où travaillent commandants et officiers SS sur la question juive. Un seul but, mener à bien la mission qui leur a été confiée.
Il y a tout d'abord Paul Doll, commandant SS orchestrant l'arrivée et la déportation des juifs. Il s'apparente à un grand chef d'orchestre. Il est marié à Hannah Doll avec qui il a deux filles mais c'est également un coureur de jupons.

Angelus Thomsen, cadre SS, ayant pour mission de faire fonctionner au mieux l'entreprise de caoutchouc. Bien que rentré à reculons dans la politique du Reich, il a quand même à coeur de bien travailler et d'être le plus rentable possible. Une des problématiques qui l'anime d'ailleurs est l'alimentation des travailleurs. "Faut-il vraiment les nourrir davantage pour être plus productif alors qu'il est bien connu que les juifs ne savent pas travailler ?"
Il y a également Schmulz, l'homme le plus triste du monde qui se questionne beaucoup sur la question juive.

Autour de ces personnages gravite Hannah Doll. Thomsen a eu le coup de foudre pour cette femme et tente de l'approcher et de la faire sienne. 

Ainsi, on assiste dans ce camp de concentration à un marivaudage pour le moins perturbant. Car cette intrigue prend beaucoup de place dans ce livre.

Bien que très consciente que cette lecture n'est pas à prendre au premier degré, j'ai été perturbée et secouée. 
A la fois admirative par cette manière de traiter finement de la Shoah, de montrer l'horreur de l'intérieur et en même temps, souvent désintéressée par les personnages et leurs petites histoires.
Ce n'est pas un "mélange" qui a fonctionné pour moi. 
J'ai trouvé la lecture assez pénible, embêtée à plusieurs reprises par des mots allemands non traduits dont on devine le sens par le contexte mais qui alourdissent considérablement la lecture, agacée par des longueurs et parfois perdue dans l'histoire.


C'est donc un avis plutôt mitigé, j'aurais aimé aimer ce livre, être touchée mais ce ne fut pas le cas. Dommage !



C'était ma lecture pour le challenge Un mois = une consigne avec pour consigne de lire un livre de la rentrée littéraire en septembre.




vendredi 31 juillet 2015

Plume fantôme d'Isabel Wolff



Ce mois-ci, pour le challenge Un mois= une consigne, la consigne était de lire un livre dont l'héroïne est une femme.
Voici la fin du mois arrivé, j'ai lu plusieurs livres pouvant correspondre à cette consigne et je choisis Plume fantôme.

En fait, c'est le livre qui m'a le plus étonnée. 
D'Isabel Wolff, je connais et apprécie ses livres de chick-litt, un livre chaque été. C'est facile à lire et ça fait partie de mon rituel lecture d'été. Cette année, j'ai donc pris son tout dernier roman, n'attendant pas forcément grand'chose de ce livre à part me détendre.
Et quelle surprise, j'ai été prise dans cette histoire que j'ai trouvée bien plus profonde qu'une histoire d'amourettes...

Jenni est une jeune femme très discrète, n'aimant pas se mettre en avant. Elle exerce le métier de nègre littéraire, ce qui correspond bien à sa personnalité. 
L'histoire commence lorsque Jenni est contactée pour la famille d'une vieille dame Klara pour écrire ses mémoires. Klara est en en effet une femme qui a vécu beaucoup de choses mais certaines tranches de sa vie restent secrètes pour ses enfants. Ils ont ainsi réussi à la convaincre de se livrer à Jenni afin de laisser une trace de son histoire à sa famille. D'emblée, Jenni est enthousiasmée par le projet. Pourtant, lorsqu'elle apprend que Klara vit dans la station balnéaire dans laquelle son petit frère est décédé il y a de longues années, elle déchante. Elle ne se sent pas capable de revenir sur les lieux de son drame familial. Malgré tout, Jenni décide de prendre son courage à deux mains et va rencontrer Klara.

Le livre se partage ainsi entre l'histoire de Klara, jeune enfant hollandaise partie s'installer avec sa famille à Java et qui a vécu l'occupation japonaise pendant la seconde guerre mondiale mais également celle de Jenni, qui doit apprendre à vivre avec la culpabilité du décès de son jeune frère.

La rencontre entre ses deux femmes est immédiate. Klara réussit à se livrer à Jenni, à revivre son passé si compliqué et Jenni apprend, par la même occasion, à mieux se connaître. C'est une belle histoire : deux femmes qui s'apprivoisent et qui se réconcilient chacune avec leur passé.


J'ai trouvé ce livre très intéressant, notamment la partie historique qui m'a apporté des connaissances que je n'avais pas. L'occupation japonaise était pour moi très obscure et le sort des expatriés hollandais totalement inconnu.
J'ai également aimé la façon dont est traité le thème du deuil, de la culpabilité. C'était fin et bien amené.

C'est donc un très bon moment passé en compagnie de ce livre.
Bonne surprise !




mercredi 19 mars 2014

Kinderzimmer de Valentine GOBY





Voici le genre de livres devant lequel on se sent tout petit... et encore plus lorsqu'il s'agit d'écrire à son propos.
Il existe une quantité de livres sur la période de la deuxième guerre mondiale et notamment sur les camps de concentration. J'en ai lu beaucoup mais ça faisait un long moment que je n'avais plus eu l'occasion.
En ouvrant ce livre, je m'attendais à tout autre chose. En fait, je n'imaginais pas un récit d'une telle intensité.
Je connaissais le sujet : une déportée française enceinte arrivant à Ravensbrück et découvrant la kinderzimmer, cette "pouponnière" à l'intérieur d'un camp de concentration. Je ne voulais pas en savoir davantage. J'imaginais quelque chose de larmoyant mais c'est surtout beaucoup de dignité et d'intelligence que j'ai découvert dans ce livre. Un roman d'une force incroyable.

On rentre dans ce livre comme ces femmes sont arrivées à Ravensbrück. Au départ, on ne comprend pas tout, beaucoup de mots allemands en italique et entre crochets : cette fameuse barrière de la langue à laquelle ont été confrontées toutes ces femmes. Puis, on assiste à la découverte de ce camp de travail, des conditions de vie.
La sensation est très forte.
En lisant, j'ai eu l'impression de toucher la vérité de ces femmes qui ont connu Ravensbrück, qui ont quitté la France sans savoir où elles allaient, et qui ont découvert l'ampleur de l'horreur au fur et à mesure.

Dans Kinderzimmer, nous suivons Mila, une jeune française qui a participé à la résistance. Elle arrive à Ravensbrück enceinte de trois mois. Pour cette jeune femme qui a perdu sa mère très tôt, cette grossesse est quelque chose de très mystérieux. Elle n'imagine pas comment ce bébé vit à l'intérieur de son ventre. Aucun signe de grossesse évident. Ce bébé, elle ne le vit pas, ne s'autorise pas à se projetter dans la grossesse, pas à Ravensbrück. C'est une grossesse inconcevable, qu'elle cache à tout le monde.
Puis, plusieurs déportées vont deviner la grossesse de Mila. Celles-ci investissent cet espoir de vie, et prennent Mila sous leur aile, lui expliquent ce qui se passe dans son corps, l'aident et créent pour elle un environnement plus confortable. Une solidarité se crée ainsi autour de cette vie à venir et c'est très beau.

Dans cet endroit synonyme de mort, cette kinderzimmer est singulière. Ce n'est pas un lieu créé pour la vie, il s'agit juste d'un endroit où naissent et survivent des enfants nés dans les camps. Leur durée de vie n'excèdent pas plus de trois mois, rien n'est mis en place pour les faire vivre et grandir. C'est un mouroir pour bébés.
Seulement, Mila et ses compagnes vont tout faire pour faire vivre ce petit bout.

 C'est un roman très poignant que nous offre Valentine Goby, s'intéressant à un fait historique jusque là méconnu.
J'ai beaucoup aimé ce livre qui prend aux tripes, qu'il m'a fallu lire tout doucement, pour m'imprégner de cette écriture si belle, de ce sujet si grave. 

Je ne peux que vous conseiller ce livre, vraiment !


J'ai lu ce livre dans le cadre du challenge Livra'deux pour Pal addict.



lundi 2 décembre 2013

L'allemand qui sauva Bordeaux par amour de Erich SCHAAKE


Voilà un titre qui, à lui tout seul, résume l'ensemble du livre. 
Ce roman est tiré de la véritable histoire d'Heinz Stahlschmidt, sous-officier allemand de la Wehrmacht. Durant la deuxième guerre mondiale, il fut artificier et responsable des charges explosives à Bordeaux. 
Avant d'être allemand, Heinz Stahlschmidt est avant tout une personne humaine. Il fut très vite remarqué par la population bordelaise pour sa gentillesse et sa simplicité. On est très loin ici du cliché du mauvais SS qui abuse des pauvres français occupés. Et c'est ce qui est très intéressant dans ce roman. Il offre en effet une vision bien plus nuancée de la réalité.

Comme le titre du roman l'indique, Heinz Stahlschmidt va donc rencontrer une jeune fille bordelaise, Henriette, dont il tombe immédiatement amoureux. Henriette est, elle aussi, très attirée par cet allemand prévenant et attentionné. Pourtant, en cette période d'occupation, il est inenvisageable pour elle de fréquenter un allemand. Ce n'est pas dans l'ordre des choses.
Mais voilà, on ne choisit pas et ces deux jeunes personnes vont très vite entamer une liaison.

Je ne raconterai pas davantage de l'histoire. De toute manière, il n'y a guère de suspense dans ce témoignage. Heinz Stahschmidt va sauver Bordeaux, par amour pour Henriette.

C'est un roman qui, dans l'ensemble, m'a intéressée. Les points de vue choisis par l'auteur sont très judicieux. Une "petite histoire" dans la grande Histoire. C'est important. Et une histoire d'amour pendant l'occupation, c'est très judicieux. Je trouve essentiel de ne pas avoir une vision trop manichéenne de cette guerre. La France ne fut pas toute blanche et parmi les allemands, il y a eu des personnes humaines. Alors, il faut arrêter et s'informer. Ce roman remplit tout à fait ce rôle.
D'un côté, il y a eu des comportements français complètement inhumains, le roman évoque l'attitude des français vis-à-vis des liaisons entre "boches" et françaises. On a toujours entendu parler des viols mais il y a eu également de belles histoires d'amour. La réaction des français lors de la libération fut des plus virulentes : tondre les françaises ayant eu des liaisons avec l'ennemi, les montrer du doigt, c'est d'une grande violence !
Et puis, parmi les allemands, il y a eu des officiers qui, finalement, n'approuvaient pas la politique menée par Hitler. Ici, Heinz Stahlschmidt explique comment il fut embrigadé dans les jeunesses hitlériennes, comment il n'a pas réussi à se faire sa propre opinion tout de suite. Et c'est intéressant !

Voilà donc un roman qui offre une approche différente de la guerre, qui apporte une petite nuance à cette guerre infâme.
Un roman à lire car notre devoir de mémoire est essentiel. C'est important de ne pas oublier mais c'est aussi important de nuancer !




J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge de Calypso !




mardi 15 janvier 2013

L'ombre d'un homme de Bénédicte DES MAZERY



Et oui, pour la première fois dans la petite vie de ce blog, apparaît aujourd'hui un cœur qui clignote ! Un cœur amplement mérité selon moi car j'ai passé un merveilleux moment avec ce roman !
J'ai découvert L'ombre d'un homme grâce à Gérard Collard dont j'aime suivre les chroniques sur le site des déblogueurs. Son enthousiasme m'avait conquise et j'avais noté ce titre dans un petit coin de ma tête. Puis, quelque temps plus tard, Calypso proposait le mot OMBRE pour son challenge. Bien sûr, je n'ai pas pensé à ce titre, shame on me !
 Non, il a fallu que j'aille à la médiathèque et que je le voie mis en avant pour me dire : "Ah ben oui, je voulais le lire ce livre-là !" 
Et me voilà partie dans la lecture de ce court roman. Court roman mais ô combien fascinant ! 
J'ai commencé à lire à une heure avancée de la nuit, pensant me contenter de quelques pages pour sentir un peu l'ambiance et puis, je me suis surprise au bout de 5 pages à peine à me dire : "Mais mince, je n'ai déjà plus envie d'arrêter !"
Et ce fut comme ça pendant 155 pages, un bonheur d'ouvrir ce livre, de se plonger dans l'histoire, de se délecter de la belle écriture de Bénédicte des Mazery. Je n'ai pas le coeur artichaut, je me trouve souvent critique mais là, ce livre m'a littéralement happée !

Alors, de quoi est-il question ? 
C'est l'histoire d'Alfred. C'est un homme qui a toujours vécu à l'abri du besoin. Il possède un immeuble parisien et vit depuis sa plus tendre enfance dans l'appartement de ses parents. Alfred, malgré son aisance financière, n'a pourtant pas eu une vie très riche, il a toujours été rejeté par son père, a subi ses moqueries incessantes et n'a finalement rien construit dans sa vie.
Toutefois, depuis peu, il s'est attelé à une tâche difficile. Il s'est enfin décidé à trier les documents de son père et a découvert ainsi des informations très intéressantes. En effet, son père, notaire de son état, a été administrateur provisoire pendant l'occupation allemande.  Le tri de tous ces documents permet à Alfred de faire la lumière sur la seule histoire qui ait pu lui tenir à cœur dans sa pauvre vie toute sèche.
Et là, ça m'embête d'en raconter plus. J'occulte beaucoup de points, je le sais. Mais, franchement, c'est pas la peine d'en savoir plus, c'est un livre qu'on peut ouvrir les yeux fermés.

A noter aussi ! Le petit nombre de pages de ce roman... Jusqu'à présent, j'ai toujours eu du mal avec les nouvelles, les petits romans. J'arrive à peine à rentrer dans l'histoire que là voilà déjà terminée... à tel point que c'est un genre que j'avais tendance à éviter. Et bien, de plus en plus, j'ai l'occasion de découvrir de petites pépites dans ces courts romans. Et c'est le cas ici, Bénédicte des Mazery réussit en peu de pages à créer une ambiance envoutante, à nous remplir d'émotions.
Je finis cette lecture très émue et surtout ravie que tous les petits hasards de ma vie m'aient conduite jusqu'à elle.
Merci Gérard Collard, merci Calypso, merci la médiathèque !
Et maintenant, si grâce à moi, ce livre pouvait vous faire vibrer et bien, je serai encore plus heureuse !



Livre lu dans le cadre du challenge de Calypso !